A JEAN-MARIE LE PEN ET A MARINE LE PEN
Châteauroux, le 9 novembre 2008
Michel HUBAULT
Conseiller régional de l'Indre
5, avenue Saint-Pierre
36 000 Châteauroux
tél : 06 70 07 07 87
Monsieur le Président,
Madame le Vice-Président,
Il y a un quart de siècle, la liste européenne que vous conduisiez, Monsieur le Président, avec plus de 10 % des suffrages, faisait entrer le Front National dans « la cour des grands partis ». Ce statut a été remis en cause au printemps 2007 : débordé par Sarkozy qui a mené une offensive à droite, là où on ne l'attendait pas, le Front National a d'abord reculé de six points lors du premier tour de l'élection présidentielle, (10,5 % contre 16,7 % en 2002), puis a craqué tombant à 4,2 % lors du premier tour des législatives.
Les élections européennes du 7 juin permettront-elles au Front National de retrouver son statut de grand parti ou confirmeront-elles son retour à la marginalité électorale des années 70 ? Les plus optimistes parmi vos partisans affirment que la conjoncture économique et le NON irlandais confirmant les analyses du FN, celui-ci bénéficiera du retour automatique de ses électeurs détournés par Sarkozy. Les pessimistes constatent que les scrutins cantonaux et municipaux de 2008 et les élections partielles laissent peu d'espoir.
En réalité le redressement ou la déchéance définitive du Front National ne sont pas une fatalité. C'est la raison pour laquelle je vous adresse cette lettre. Qu'on le déplore ou non, vous êtes depuis "le congrès" de Bordeaux les deux seuls dirigeants effectifs du Front National. Son avenir dépend donc de vous deux, des décisions que vous prendrez dans les prochains mois.
Aujourd'hui, le FN pèse entre 6 et 7 % des voix. 6 % est le chiffre des intentions de vote que lui donne aux prochaines élections européennes le sondage IPSOS réalisé le 27 septembre, (depuis 1999, les sondages surestiment le score du FN aux élections européennes). 7 % est son résultat des cantonales de 2008, (si on prend en compte que les cantons dans lesquels le FN s'est présenté étaient pour lui les meilleurs de la série 2001). Si les élections européennes avaient donc lieu aujourd'hui le FN obtiendrait trois sièges : le premier dans la circonscription du Nord-Ouest, le deuxième dans le Sud-Est et le troisième dans le Nord-Est. En Ile de France et dans le Sud-Ouest, les chances d'avoir un élu sont faibles.
Cependant cette situation peut évoluer. Sous l'effet d'une dynamique positive, le Front National peut obtenir non pas trois ou cinq élus, mais une dizaine. Une dynamique négative peut aussi s'enclencher et aboutir à ce que le FN perde toute représentation au Parlement européen. Aujourd'hui, c'est ce scénario qui semble se mettre en place pour deux raisons : la diabolisation et les investitures aux élections européennes. Vous seuls pouvez arrêter la machine à perdre et lancer une dynamique positive.
En ce qui concerne la diabolisation, ce n'est en soi ni une mauvaise ni une bonne chose. Il y a une « bonne diabolisation ». Le Front National en a longtemps bénéficié quand les médias le présentaient comme un parti « ringard », attaché à la famille et au droit à la vie, opposé au PACS et à la loi Veil, un parti « chauvin » hostile à l'immigration remettant en cause l'identité chrétienne de la France. Cette bonne diabolisation lui a amené des millions de Français écœurés par le RPR, (devenu l'UMP), et par l'UDF alignés sur les valeurs de la gauche.
La « mauvaise diabolisation » a consisté elle à qualifier le FN d'antisémite. L'antisémitisme étant assimilé, à juste titre, depuis 1940 à l'Anti-France qui a collaboré avec l'Allemagne, cette accusation est d'autant plus nuisible qu'elle vise un parti se réclamant du patriotisme. Cette diabolisation était donc à combattre, d'autant plus qu'elle ne correspondait alors à aucune réalité et qu'elle était grotesque, émanant de la gauche dont sont issus les deux principaux partis collaborationnistes des années 40 : le PPF du communiste Doriot et le RNP du socialiste Déat.
Je ne reproche donc pas à Marine Le Pen d'avoir tenté de dédiaboliser le Front National. Cependant je constate que plusieurs des initiatives prises lors de la campagne présidentielle qu'elle dirigeait ont diminué « la bonne diabolisation » et aggravé « la mauvaise diabolisation » : la promotion de Soral, (marxiste, poursuivi pour antisémitisme et partisan d'une alliance avec le monde musulman), le rapprochement avec Dieudonné, (poursuivi lui aussi pour antisémitisme et qui défilait en 2006 pour la régularisation des immigrés clandestins de Cachan), le discours de la dalle d'Argenteuil, le refus d'abroger la loi sur le PACS...
Il vous appartient Monsieur le Président et Madame le Vice-Président de mettre fin à cette dérive. Rompez avec Soral et Dieudonné, dont les valeurs constituent l'antithèse de celles de la droite nationale française. En politique étrangère ne nous trompons pas d'ennemi : l'ennemi ce sont notamment les régimes terroristes du Moyen-Orient, (les islamistes iraniens et le dictateur syrien Afez-el-Assad).
En ce qui concerne les investitures aux élections européennes, quelle que soit la réaction de Carl Lang à ce qui apparaît comme le parachutage de Marine Le Pen dans la circonscription du Nord-Ouest, le mal aura été fait. Il touchera non seulement le Nord-Pas de Calais, la Picardie et la Normandie mais les autres régions françaises. Bien sûr certains de vos conseillers peuvent saluer comme une bonne nouvelle tout départ d'un conseiller régional, « un moins que rien », affirmer que les électeurs s'en fichent, qu'à partir du moment où il y a un bulletin avec la flamme du FN et votre nom ils sont contents et ne lisent même pas la profession de foi... Vous êtes trop intelligents tous les deux pour ne pas savoir que les électeurs du Front National ne sont pas des imbéciles, que l'addition de plusieurs dizaines de moins que rien fait quelque chose, que ces défections démobilisent les adhérents, troublent les sympathisants et à la longue éloignent les Français.
Par ailleurs, le départ de Marine Le Pen d'Ile de France, si elle n'est pas remplacée par une personnalité ayant le même poids politique et médiatique, conduira le Front National à faire l'impasse sur la région capitale et ses douze millions d'habitants, Vous le savez, Monsieur le Président, depuis Hugues Capet, la France appartient à celui qui contrôle l'Ile de France. Un parti ayant la prétention de diriger le pays ne peut se désintéresser de la région parisienne.
Dans ce domaine aussi, seuls vous deux pouvez réparer le mal, selon l'une ou l'autre des deux hypothèses suivantes.
Première hypothèse : Madame le Vice-Président, Hénin-Beaumont en a apporté la preuve, vous avez trouvé la pierre philosophale électorale transformant le plomb en or, vous permettant d'obtenir aux élections législatives de 2007 un résultat six fois supérieur à la moyenne des autres candidats du FN (24 % contre 4 %). Restez alors en Ile de France, où vous présidez le groupe régional FN. Non seulement vous serez réélue, mais vous ferez élire un ou deux de vos colistiers.
Seconde hypothèse : Madame le Vice-Président, vous n'avez pas trouvé la pierre philosophale électorale. Votre score décevant aux élections régionales de 2004 en Ile de France, (12 % contre
16 % en 1998, alors que les listes FN dans les autres régions obtenaient une moyenne en 2004 de plus de 15 %), et celui de la présidentielle dont vous dirigiez la campagne ne seraient pas des accidents. Ainsi que le prétendent vos détracteurs, votre résultat aux législatives serait dû à un concours de circonstances exceptionnelles : une excellente circonscription ; le bénéfice d'une large médiatisation ; le cadeau involontaire de l'UMP qui a parachuté un candidat d'origine arabe, (divisant par deux le score présidentiel de Sarkozy), sans aucune notoriété, sans attache avec la circonscription, n'ayant pas fait campagne et ne se réclamant pas de Sarkozy, (imaginons le résultat de l'élection présidentielle si l'UMP avait présenté Azouz-Beggag contre Jean-Marie Le Pen).
Dans ce cas pour être réélue au Parlement européen, il vous faut en effet, Madame le Vice-Président, changer de circonscription. Dans cette hypothèse, Monsieur le Président, vous êtes le seul candidat capable de sauver le siège du Front National en Ile de France. Vous obtiendrez sur votre nom les suffrages que vous avez recueillis en 2007 à l'élection présidentielle. Certes le score était inférieur à celui de 2002, mais il vous permettra d'être élu.
Monsieur le Président, vous êtes le capitaine du FN, présentez-vous dans la région capitale. Le Front National sera alors en ordre de marche : Carl Lang mènera la bataille dans les régions du Nord-Ouest dont il est l'élu ; le Lyonnais Bruno Gollnisch, président du groupe FN dans la région Rhone-Alpes, la mènera dans le Sud-Est ; Madame le Vice-Président vous serez élue dans le Nord-Est où vos amis, notamment en Bourgogne, en Lorraine et en Franche-Comté, seront heureux de vous accueillir.
En lui redonnant sa cohésion, vous aurez ainsi, Monsieur le Président, rendu un dernier service au Front National qui a pendant des années porté les espoirs de millions de Français.
Vous remerciant de l'attention que vous aurez accordée à cette lettre, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, Madame le Vice-Président, l'expression de mes sentiments respectueux.
Michel HUBAULT