
Ségolène Royal s’est trouvé un job à plein temps : elle s’est octroyé le ministère de la Repentance en tout genre et sous toutes ses formes. Quinze jours après son discours de Dakar, dans lequel elle demandait « pardon » à son auditoire sénégalais pour les propos tenus quelques mois auparavant dans la même capitale par Nicolas Sarkozy – ce dernier avait alors estimé que « l’homme africain n‘était pas encore entré suffisamment dans l’Histoire » – la présidente du Poitou-Charentes récidive. Elle présente cette fois ses excuses publiques, au nom de la France et des Français, à José Luis Zapatero. Motif : mercredi dernier, lors d’un déjeuner avec des parlementaires de divers horizons (sauf de l’horizon national), le chef de l’Etat aurait, selon le journal Libération, mis en doute sur le mode « ironique », l’intelligence du Premier ministre espagnol, le socialiste José Luis Zapatero. Propos aussitôt démentis par l’Elysée, ce qu’ont d’ailleurs confirmé la plupart des vingt-quatre parlementaires conviés aux agapes élyséennes, toutes tendances confondues.
Ces propos, recueillis par bribes par deux journalistes de Libération auprès de différents députés ayant eu le privilège de petit-déjeuner avec le président de la République, semblent en effet avoir été mal rapportés et surtout mal interprétés. Spécialiste des déclarations à l’emporte-pièce, Nicolas Sarkozy, qui doit se rendre avec son épouse en Espagne les 27 et 28 avril prochains, aurait en fait voulu plutôt rendre hommage à Zapatero, dans son style lapidaire : « Il n’est peut-être pas très intelligent. J’en connais qui étaient très intelligents et qui n’ont pas été au second tour de la présidentielle. » Cette pique visait évidemment Jospin bien plus que Zapatero. Les détracteurs de ce dernier ont en effet tendance à souligner chez lui un côté superficiel, ainsi que son manque de profondeur. Sarkozy voulait semble-t-il rebondir sur ces assertions, en suggérant que José-Luis Zapatero ne possédait peut-être pas l’envergure intellectuelle d’un Lionel Jospin, mais que, contrairement à ce dernier, il savait se faire élire et réélire. Qualité première pour un pragmatique opportuniste comme Nicolas Sarkozy. Il avait d’ailleurs poursuivi sa démonstration en faisant l‘éloge du président du Conseil italien. « L’important dans la démocratie, c’est d‘être réélu. Regardez Berlusconi, il a été réélu trois fois. »
Comme le reconnaît un socialiste un peu plus intelligent que les autres, « ce n’est pas le président du gouvernement espagnol qui a été mis en cause par Nicolas Sarkozy. C’est plutôt, de la part de ce dernier, une prise à revers pour tacler les socialistes français ». Mais Jospin ne s’en offusque pas trop. Depuis sa défaite retentissante derrière Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, il s’est habitué à être traité de grand couillon.
Répercutés de façon approximative et sans doute maladroite par deux journalistes de Libération, qui, pour être précis, soulignaient l’ironie désinvolte et autosatisfaite de Nicolas Sarkozy, mais ne parlaient aucunement d’injures ou d’insultes, ces propos présidentiels ont néanmoins été ressentis de l’autre côté des Pyrénées comme méprisants.
C’est alors que Ségolène Royal, toujours à l’affût de la moindre occasion de faire parler d’elle, a cru bon de prendre sa plume larmoyante pour, une nouvelle fois, « s’excuser au nom de la France » des « propos injurieux » qu’aurait tenu selon elle Nicolas Sarkozy à l‘égard de José Luis Zapatero. Pas intelligent Zapatero ? Notre pleureuse nationale, que l’on surnommait jadis, au temps de sa splendeur sondagière, la Zapatera, a peut-être pris l’injure pour elle ? En tout cas, sa démarche inepte a prolongé en France l’onde de choc qui, jusque-là, était passée à peu près inaperçue du grand public.
Embarrassés plus qu’ils ne veulent bien le dire par cette nouvelle repentance intempestive de Madame Royal, les socialistes essaient de détourner la polémique vers une dénonciation du style de Sarkozy. Ainsi pour Benoît Hamon, porte-parole du PS, l’actuel président de la République se comporte dans les sommets internationaux « de manière parfois grossière et vantarde ». A quoi le sénateur-maire socialiste François Rebsamen renchérit : « Le Président doit avoir un comportement exemplaire. L’UMP devrait lui demander de maîtriser son langage. »
Une nouvelle forme de palilalie : la royalie !
Tandis que de leur côté les parlementaires UMP, déchaînés et ulcérés, tirent à boulets rouges contre l’ex-candidate socialiste à l‘élection présidentielle. Brice Hortefeux, ministre du Travail et vice-président du conseil national de l’UMP, a notamment déclaré que Mme Royal devrait demander « pardon » pour toutes ses « bêtises ». Avant d’ajouter : « Elle semble atteinte de palilalie, trouble de la parole dont souffrent les personnes répétant systématiquement le même mot. Nous venons donc de découvrir la “royalie”, nouvelle forme de palilalie, qui consiste à demander pardon à tout le monde et à tout bout de champ. »
« Commentaires machistes », ont aussitôt hurlé certains socialistes. A quoi le porte-parole de L’UMP Frédéric Lefebvre réplique : « Le PS insulte le président de la République, colporte des mensonges et, sous prétexte que c’est une femme qui le fait dans un nouveau délire, nous devrions rester sans réagir ? Ce qui est machiste, c’est la réaction des socialistes. »
Comme François Bayrou, Ségolène Royal est contrainte à exister sur la scène médiatique sans le soutien d’une structure politique solide. D’où la nécessité pour eux de se poser, en concurrence avec Olivier Besancenot, comme les opposants les plus déterminés à Nicolas Sarkozy. Mais alors que Bayrou le fait avec la rouerie consommée d’un vieux maquignon de la politique politicienne et un indéniable talent, Ségolène, en chute libre dans les sondages, semble, au fil des mois, perdre tout à la fois son sang-froid et les pédales. En 2007, du haut de la muraille de Chine, toute vêtue de blanc, elle nous avait parlé de bravitude. Depuis, elle est tombée dans la grotesquitude. Tandis que ses anciens partisans sont de plus en plus nombreux, eux, à se retrouver dans la lassitude…
JEAN COCHET