Après Million dollar baby, Clint Eastwood rejoint de nouveau le devant de la caméra pour sortir un film, Gran Torino. Aujourd’hui âgé de 79 ans, c’est un véritable testament qu’il laisse derrière lui. Et quel testament !
Quelque part dans une banlieue américaine, où les vieux pavillons s’alignent le long des petites routes de campagne, vit un vieil homme. Campé par Clint Eastwood, un ancien ouvrier et soldat de la guerre de Corée, Walt Kowalski, assiste à une messe dite en l’honneur de sa femme qui vient de mourir. Debout, drapé dans une triste solennité, il dissimule mal son désarroi. Car sa femme Dorothy, en le laissant veuf, lui enlève également le peu qui lui restait de l’ancien monde dans lequel il a toujours vécu. Cet ancien monde, il ne l’a pas vu partir, et pourtant il ne le voit plus. Tout ce qu’il voit, ce sont ses deux fils, deux hommes balourds qui ont perdu tout respect pour lui, ou sa petite-fille Ashley, l’anneau à la narine, qui préfère la compagnie bruyante et désinvolte de son téléphone portable aux dernières paroles prononcées pour Dorothy.
Walt, devenu une gargouille grimaçante (ce que ses fils ne manquent pas de faire remarquer), est de prime abord un personnage foncièrement antipathique. Il se mêle peu aux gens, reste sur une franche réserve qu’on lui rend de manière plus policée. D’une certaine manière, on le comprend. Lors du repas-buffet qui suit la messe, trois fois plus de gens sont présents, attirés par le fumet du jambon gratuit. Ashley ne s’intéresse à son grand-père que lorsqu’elle voit dans ses biens quelque chose qu’elle pourrait obtenir, ses fils ne savent pas comment le prendre et cherchent à se débarrasser de lui plutôt qu’à le comprendre. Et tout autour de lui, son quartier n’est plus le même. Une famille de l’ethnie asiatique Hmong a emménagé à côté de chez lui, une famille nombreuse, qui lui rend œil pour œil les remarques surannées qu’il a à leur égard. La vieille de la famille le dit d’ailleurs bien ; lorsqu’il la regarde, défiant, sur le pas de sa maison, elle répond dans sa langue maternelle « eh bien, petit Blanc, tous tes pareils ont quitté le quartier ; que fais-tu encore ici ? »
(Lire la suite…)
Merci qui ?
Merci Clint !
On nous reproche souvent de ne relever que les mauvaises choses de notre époque et de privilégier nos indignations à nos émerveillements. C’est l’inverse que je vous propose aujourd’hui en vous recommandant par ces temps de crise pas seulement financière de vous payer un tour de Gran Torino. Si vous voulez oublier Lol et autres Cyprien pour voir le meilleur film de ces dix dernières années et donc – pour le moment – du XXIe siècle, foncez sur le dernier Clint Eastwood : il a dégainé son chef-d‘œuvre.
Mon excellent camarade Malpouge (Présent du 26 février) me l’avait dit : « C’est formidable, tu vas aimer. » Il était légèrement en deçà !
A la première image de Gran Torino, on sait déjà que l’on est dans un grand film. Le plan large, magistral, classique de l‘église dans laquelle Walt Kowalski (Clint Eastwood) enterre sa femme est saisissant. Eastwood filme comme personne, c’est un réalisateur remarquable.
Le cinéaste Eastwood a su négocier le virage de la modernité. Mais sans renier ses valeurs. Son film n’est pas daté. Intelligent, sensible, drôle et émouvant, ponctué de dialogues épatants, il balaie les clichés et les certitudes du politiquement correct. Pour dire autre chose. Dans le rôle de ce vétéran de la guerre de Corée, grognon et raciste au langage très coloré, qui va être apprivoisé par ses voisins asiatiques issus du peuple hmong, Eastwood crève littéralement l‘écran. A 79 ans, il est éblouissant. Il se moque avec humour de ses défauts et de son âge, il en joue subtilement, usant de ce qui fit sa réputation caricaturale pour en tirer le meilleur. Et combinant le meilleur de ses qualités d’interprête et de cinéaste. Même les critiques de gauche qui l’ont haï, honni, vomi, du temps de l’Inspecteur Hary ne savent plus que tirer leur chapeau à ncelui qu’ils désignaient comme un « pur produit de l‘époque reaganniene ».
L’esprit du film est excellent, faisant passer plusieurs idées fortes avec une habileté qui fait l’unanimité. Clint Eastwood nous parle de transmission, de rédemption, d’héroïsme, de sacrifice. Autant de notions assez peu à la mode. Des millions de gens ont vu ou iront voir ce film et seront touchés, on ne peut que s’en réjouir. Comment ne pas relever le rôle essentiel du jeune prêtre dans l’histoire, qui résume les questions que se pose aussi Eastwood dans la vraie vie ? Ce cinéma-là, c’est notre culture, c’est notre famille, c’est notre « came » dirait la première dame de France, sauf que justement ce n’est pas du tout la sienne…
CAROLINE PARMENTIER